“Tu ne peux pas continuer à faire ce qui a déjà marché.”
New West a commencé comme un groupe dépourvu de projet. Le quatuor torontois préfère se considérer comme un collectif collaboratif fusionnant une multitude d’inspirations — de l’alt-rock au R&B moderne, en passant par les ballades soul — pour créer des morceaux pop d’une qualité irréprochable. Mais pour de nombreux auditeurs, ils sont avant tout connus comme les trublions folks à l’origine du tube de 2019 « Those Eyes », une tendre sérénade acoustique qui imaginait Chris Martin blotti dans la cabane de Bon Iver. Certes, le succès viral de ce titre aurait pu fournir à ce projet ouvert une formule éprouvée qu’il suffisait alors de répliquer. Mais lorsqu’il a fallu entrer en studio pour produire leur premier album Based on a True Story…, les membres de New West ne comptaient pas laisser des millions de streams, des réservations dans de grands festivals et des apparitions sur le plateau de Jimmy Kimmel perturber leur alchimie naturelle. « Tu ne veux pas continuer à faire la même chose que ce qui a déjà marché », explique le multi-instrumentiste Ben Key à Apple Music. « Tu veux pouvoir continuer à faire de la musique de la manière que celle qui a permis de bien fonctionner au départ. » Ou comme le formule son collègue Kala Wita, « nos ambitions consistent à trouver la prochaine chose vraiment excitante ».
Ainsi, au lieu d’essayer d’attiser les braises de « Those Eyes », Based on a True Story… transforme New West en dernier groupe de Britpop en activité, avec des titres taillés pour Wembley, des ambiances sonores symphoniques et des références évidentes à « Live Forever ». Mais compte tenu de leur expérience en matière de production pop et R&B, les New West passent leurs influences des années 90 au filtre de 2023. « On est tous très inspirés par la musique britannique de l’époque, qu’il s’agisse d’Oasis, de Travis, de Keane, de Coldplay ou de Blur », admet Ben. « Mais quand quelque chose sonne classique, on essaie d’y apporter un son plus contemporain. Et si les paroles d’une chanson ont une portée contemporaine, on essaie peut-être d’aller vers une production moins moderne, ce qui fait qu’on est toujours à la frontière entre le classique et la nouveauté. » Ben et Kala nous livrent ici leur guide, piste par piste, pour trouver le bon équilibre.
« Main Character »
Kala Wita : « Tout le monde nous disait : “Votre musique me donne l’impression d’être le personnage principal d’un film”. Aucun de nos morceaux n’a jamais été utilisé dans un film. Donc maintenant, on se dit : “OK, comment on peut rendre ça encore plus évident ? C’est censé être dans un film, donc mettez ça dans un putain de film”. L’idée de cet album était de tenir la caméra et de la tourner vers nous-mêmes. À la fin, on s’est dit que ce serait bien d’avoir une voix off à la David Attenborough. Si on est comme les animaux dans un documentaire, on veut vraiment la bonne voix pour donner le ton et raconter l’histoire à notre place. »
« Cold Tea »
KW : « Il y a cette phrase : “Tu dis que l’ancien moi te manque”. Après avoir écouté ça, quelqu’un m’a dit : “Est-ce que t’as l’impression de ne plus pouvoir communiquer avec tes amis ?”. Ça n’a pas été écrit en référence directe au succès relatif qu’on a rencontré, ça parlait plutôt des petites histoires qui se produisent dans les relations. »
« Based on a True Story »
KW : « Beaucoup de nos titres mettent plusieurs mois à prendre forme. Et cette chanson était très différente au départ — on a essayé toutes sortes de versions. On venait juste de la finaliser, on roulait dans Los Angeles et on lui a fait passer le bon vieux test de la voiture. Avec le soleil, les collines, les gens et le paysage autour de nous, on s’est dit : “C’est la bonne”. »
« Death Proof »
KW : « On passe tous les quatre par des phases de transition similaires dans les relations qu’on a ou qu’on a eues au cours de ce processus, et on perd bien sûr pas mal de gens en cours de route, juste parce que les chemins divergent, etc. Mais c’est vrai : c’est quelque chose de réel. Des gens dont tu pensais vraiment qu’ils resteraient autour de toi ne te semblent plus à leur place ; soit ils ont changé, soit c’est toi qui as changé. C’est intéressant de regarder qui est toujours là : c’est souvent pas la personne à laquelle on s’attendait ni celle avec qui on a commencé. C’est ce que “Death Proof” résume au début de ce projet. »
« Homecoming » et « In My City »
Ben Key : « Même si “Homecoming” et “In My City” n’ont pas été composés pour être placés l’un à la suite de l’autre, ils se marient parfaitement. “Homecoming” parle du fait de partir loin et des changements incessants et, bien sûr, tout le monde a le mal du pays. Ensuite, on passe directement à “In My City”, qui est un titre qui dit qu’il n’y a rien de mieux que d’être chez soi, avec ses amis et sa famille, dans sa ville. »
« Movies for No Reason »
BK : « C’est une très bonne suite à “In My City”. Ton chez-toi te manque, tu rentres à la maison... et puis tu vas faire la fête avec tes amis ! »
« How You Been Lately »
KW : « Cette chanson existe depuis bien avant les autres morceaux de l’album. Je pense qu’elle date de 2021-2022, la dernière phase du COVID. C’était un peu comme une lettre à tous nos amis qu’on ne voyait pas à l’époque. Le dénominateur commun de toutes ces petites interactions à ce moment-là était : “Mec, comment ça va ?”. Il y a une phrase dans le morceau qui dit : “It’s been a minute since we’ve dancing/And the radio ain’t playing your song no more” [Ça fait une minute qu’on n’a pas dansé, et la radio ne passe plus ta chanson]. À l’époque, on essayait vraiment de passer à la radio, parce qu’ils avaient arrêté de passer l’une de nos chansons. Et on se disait : “Il nous faut des passages radio !”. »
« IYKYK »
BK : « C’est une autre chanson qu’on a vraiment finalisée à Los Angeles. À la base, c’était une belle ballade au piano — il n’y avait pas l’énergie du titre d’aujourd’hui. Mais on s’est dit : “Ah, on a déjà une ballade au piano sur cet album avec ‘Retrograde’”, et on voulait lui trouver une place. On s’est donc mis dans l’ambiance à Los Angeles, on a enregistré l’album, puis on a eu un accrochage en voiture sur le chemin du studio le lendemain, et on s’est dit : “Oh, merde, c’est ça que ce morceau doit être !” ».
« Retrograde »
BK : « Je pense que finir par une ballade est toujours une très bonne façon de conclure. Je pense que ça permet vraiment de digérer ce qu’on vient d’écouter. »
KW : « On a eu un peu de mal avec ce morceau, parce qu’il aurait pu devenir vraiment grandiose à la fin. On a essayé de mettre de la batterie et toutes sortes de choses pour que ça sonne un peu plus imposant, mais le titre devait vraiment se suffire à lui-même et avait besoin d’espace, et c’est pour ça qu’il était vraiment à sa place à la fin de l’album. Ça permet de souffler un peu. »