La prodige anglaise livre un fascinant kaléidoscope de genres
Une nuit d’été en 2022, pendant une pause du tournage de la nouvelle version du film Le corbeau [The Crow] à Prague, FKA twigs s’est retrouvée dans un rave en périphérie de la ville, où des centaines de personnes dansaient au rythme d’une techno immersive et très forte. Cette expérience a secoué la polyvalente artiste anglaise (chanteuse, danseuse, autrice-compositrice, actrice et véritable force de la nature), la sortant d’un épais brouillard mental qui l’accablait depuis des années. Elle a même inventé un terme pour décrire cette clarté transcendante : un mot-valise de « sex » et « euphoria » (qui rappelle aussi le mot grec exprimant une découverte « eurêka! »). EUSEXUA, le troisième album studio de twigs (et son premier album complet depuis son audacieux mixtape CAPRISONGS en 2022), n’est pas à proprement parler un projet dance, mais plutôt une lettre d’amour aux pouvoirs libérateurs de la musique électronique, où filtre le style enivrant et obsédant qui définit la créatrice.
Les percussions vibrantes qui l’ont marquée cette nuit-là résonnent tout au long de l’album, s’adaptant aux humeurs qu’elles évoquent : du trip-hop sombre et sensuel sur l’hédoniste « Girl Feels Good »,une grosse dose de mélodrame dansant sur la scintillante « Room of Fools ». Sur la cybernétique « Drums of Death » (produite par Koreless, qui a travaillé étroitement avec twigs et apparaît sur chaque pièce), twigs incarne un « sexbot » en plein court-circuit pendant un rave dans un after de la Matrice. Elle y canalise des sensations mêlant chair brûlante et métal glacé, lançant des incitations comme « Crash the system… Serve cunt/Serve violence » [librement : « Détruisez le système… Soyez féroces/Semez la violence »]. Dans la brume d’EUSEXUA, des personnages intrigants surgissent, tous à la recherche de la même chose que twigs : une catharsis moite, viscérale, anéantissant l’ego et débordant de ravissement extatique.